Située à flanc de
coteau, au sud-est du bourg de
Montlouis-sur-Loire,
la Bourdaisière est l'étonnante recréation
d'un château Renaissance détruit en grande
partie au XVIIIème siècle.
Au XIVème siècle, une forteresse existait
déjà sur le site. Elle appartenait à Jean
le Meingre, dit "Boucicault".
Au XVème siècle, après plusieurs
changements, elle arrive entre les mains de Nicolas
Gaudin, argentier de la reine.
Le 28 avril 1510, Philibert Babou devient seigneur
de la Bourdaisière par son mariage avec Marie
Gaudin et, en 1520, il fait construire un château
neuf, en conservant une tour médiévale à l'angle
nord-ouest.
C'est une période fastueuse pour la Bourdaisière
dont le nouveau seigneur exerce, entre autres fonctions,
celles d'argentier de
François
1er et de surintendant des finances. La petite-fille
de Philibert Babou et Marie Gaudin n'est autre que
Gabrielle
d'Estrées, favorite de
Henri
IV.
À partir du XVIIème siècle, les propriétaires se
succédèrent.
Le domaine, érigé en marquisat en 1717,
passe au duc de Luynes, puis finit entre les mains
de
Choiseul qui
se retire près d'
Amboise après
sa disgrâce.
Choiseul ordonne
la démolition du château dont il utilise
les pierres pour la construction de
Chanteloup.
En 1786, les terres sont vendues à Louise Adélaïde
de Bourbon Penthièvre, avant de devenir bien
national.
Enfin, au XIXème siècle, le baron Angellier
décide de reconstruire le château dans
le style Renaissance, afin de faire revivre le souvenir
de la luxueuse résidence de Philibert Babou.
L'architecture de la Bourdaisière offre une
conception idéalisée du château
Renaissance, avec une parfaite symétrie des
façades, dérangée toutefois au
nord et à l'est par la présence plus
importante de substructions.
L'escalier de la façade sud est une référence
directe à celui d'
Azay,
terminé par une lucarne monumentale. Toutefois
l'interprétation diffère.
À
Azay, le fronton de la lucarne
comporte deux trapèzes curvilignes imbriqués dans un trapèze
plus grand. Il reprend, dans un autre langage ornemental, la formule du couronnement
des baies de l'escalier Dunois à
Châteaudun où deux
remplages flamboyants s'imbriquent dans un troisième remplage.
À la Bourdaisière, les deux petits trapèzes tendent à s'écarter
latéralement et à se détacher du troisième, ce qui
change tout l'effet architectural.
Autre différence, le couronnement de la Bourdaisière
est sommé de lourds acrotères qui concluent
de manière un peu sèche l'élévation,
tandis qu'à
Azay,
un fin réseau ajouré de formes en "S" relie
les acrotères et renouvelle les transparences
chères au gothique. Enfin, l'organisation des
baies est différente. Par souci de régularité,
l'architecte de la Bourdaisière aligne les baies
de l'escalier et celles de la façade, tandis
qu'à
Azay le
maître d'uvre choisit de les décaler
pour mieux signaler le volume de l'escalier.
Les communs, développés sur deux ailes,
offrent une architecture plus authentique.
L'aile ouest contient une belle salle voûtée
d'arêtes, partagée autrefois en trois
volumes.
Les lucarnes avec leurs ailerons à volutes rentrantes
en adoucissement se rapportent au règne du roi
Henri IV.
On peut encore voir à l'église Saint-Denis, à
Amboise,
l'une des dernières uvres de l'École
de Tours, une Mise au Tombeau qui provient d'une ancienne
chapelle de la Bourdaisière.
Selon la tradition, Philibert Babou y serait représenté dans
le personnage de Joseph d'Arimathie, Matie Gaudin dans
celui de la Vierge et leurs trois filles dans les saintes
femmes.