Édifié au cur
d'une forêt giboyeuse, Chambord surprend par
ses proportions gigantesques. Ce château ne peut
se comparer à aucune autre construction de François Ier.
Le roi a voulu réaliser une uvre qui célèbre
sa grandeur et celle du royaume, un monument dont le
sens resterait inscrit pour longtemps dans la mémoire
des hommes.
Véritable projet politique, Chambord est né de
la rencontre entre deux hommes d'exception,
François
Ier et
Léonard
de Vinci. Le jeune roi ramène
Vinci en
France en 1516 et l'installe à
Amboise où il
meurt en mai 1519.
Durant ces trois années, il le sollicite pour
divers projets, en particulier pour celui d'un château à Romorantin,
et, sans doute, pour celui de Chambord dont le plan
mûrit dans les années 1518-1519.
Dominique de Cortone, dit le Boccador, réalise
une maquette en bois, et, en septembre 1519, François
Ier nomme François de Pontbriant surintendant
de la construction de Chambord dont les travaux commencent.
Ils se poursuivent jusqu'aux années 1560, avec
une brève interruption pendant la captivité du
roi à Madrid. À la mort de
Henri
II, le château est inachevé, le chantier
suspendu, et il faut attendre le XVIIème siècle
pour que l'aile ouest et la tour nord-ouest reçoivent
une toiture.
Ce château extraordinaire combine les idées
italiennes les plus récentes et les formes architecturales
françaises les plus traditionnelles.
Il est construit sur le principe des églises
italiennes à plan centré et rappelle
les recherches de
Léonard
de Vinci sur le chur de la cathédrale
de Pavie dans les années 1490, recherches qui
devaient nourrir l'inspiration pour la basilique Saint-Pierre à Rome.
L'Italie inspire l'organisation géométrique
rigoureuse du plan.
L'emploi de véritables voûtes en berceau à caissons,
inusitées en France, relie Chambord à l'antiquité romaine
et au couvrement de la basilique Saint-Pierre.
En revanche, plusieurs traits affirment la continuité de
Chambord avec la tradition française.
Le choix d'un donjon, cantonné de quatre tours
et entouré d'une vaste enceinte, présente
une certaine analogie avec la disposition de Vincennes.
L'escalier en vis qui traverse le centre du donjon
inscrit Chambord dans la lignée architecturale
française, de même que les parties hautes
très animées qui se déclinent
en multiples formes découpées.
Le "donjon" occupe le centre du château.
Il est construit en premier et se termine vers 1535-1540. À chacun
de ses trois niveaux, les quatre angles sont occupés
par des appartements de plan carré, chacun étant
complété par un autre appartement placé dans
la tour d'angle voisine. L'espace cruciforme laissé libre
par cette disposition est occupé par quatre
vaisseaux couverts de voûtes à caissons
qui s'articulent autour de l'escalier central.
Si l'escalier en vis est un choix français,
la structure particulière de celui de Chambord
a sans doute été inventée par
Léonard. Il s'agit d'un escalier à doubles
révolutions, deux montées se superposent
qui permettent à deux personnes de monter et
descendre sans se rencontrer.
La cage est complètement ouverte, comme celle
de l'escalier François Ierà
Blois,
si bien que toute la structure est transparente.
Un premier projet prévoyait un plan sensiblement
différent, avec un escalier droit qui aurait
occupé l'un des quatre bras de la croix qui
sépare les appartements.
Les travaux se poursuivent par la construction de l'aile
est jusqu'en 1544.
C'est là que se trouve l'appartement royal,
les pièces privées du roi occupant la
tour nord-est de l'enceinte et la salle le premier étage
de l'aile.
Le logis du roi fait pendant à la chapelle,
située dans l'aile ouest et commencée
dans les années 1545-1550, qui ne s'achèvera
que sous
Louis
XIV.
La circulation est assurée par un système
de longues galeries extérieures à arcades
qui se développent le long des façades
et relient les ailes et le donjon. Les deux tours initialement
prévues du côté sud de l'enceinte
n'ont jamais été élevées.
Des fossés devaient entourer le château,
seuls ceux du nord et de l'est ont été creusés.
Le décor reste sobre sur les façades,
impeccablement quadrillées par les pilastres
et les corps de moulures horizontaux. Les trumeaux
sont délicatement encadrés d'une mouluration,
comme dans l'aile
François
1er à
Amboise et à
Blois.
L'ornementation se fait plus abondante dans les parties
hautes.
Au-dessus du donjon, une lanterne couronne le grand
escalier, surmontée d'une étroite tourelle,
puis d'un lanternon.
Les superstructures constituent en elles-mêmes
un décor qui naît du foisonnement des
formes : candélabres, souches de cheminées,
lucarnes et toitures multiples. Tout ce mouvement architectural
s'accompagne de sculptures et d'un jeu de polychromie
où l'ardoise dessine des losanges et demi-losanges
qui font écho à la géométrie
impeccable de l'architecture.
À l'intérieur, les chapiteaux de l'escalier s'animent de figures
d'angle plus surprenantes les unes que les autres. On voir surgir des
putti,
des lézards, et même un cheval qui jaillit
hors de la corbeille.
Les corbeilles des chapiteaux forment des ressauts
sur lesquels le décor se développe de
façon continue, à la manière d'une
frise.
Dans les parties plus tardives, l'emploi des ordres
apparaît, d'abord dans l'escalier qui mène à l'appartement
du roi dans l'aile est, orné de chapiteaux corinthiens,
puis dans l'aile ouest où se superposent les
ordres dorique, ionique et corinthien.