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Le
Val de Loire, un paysage culturel authentique |
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Le site du Val de Loire n'est pas un paysage culturel figé dans un
passé artificiellement entretenu ou reconstitué mais bien
un paysage culturel vivant engagé dans un processus de développement
durable garant de son authenticité.
Le concept de paysage culturel trouve en effet tout son sens dans les relations
dialectiques étroites entre l'élaboration lente et continue
du patrimoine architectural et monumental, le façonnement des paysages
agraires et le maintien de la qualité du paysage naturel dans une
région à forte implantation humaine toujours en développement.
Comme toutes les régions actives des pays développés,
l'histoire de ce site est certes traversée par les enjeux parfois
contradictoires de son développement mais le Plan Loire Grandeur
Nature a intégré ces données dans l'élaboration
d'un projet global affirmé dans ses valeurs fondatrices tout en se
voulant souple dans ses modalités opératoires.
1. Le paysage :
une identité naturelle |
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Le Rhin, le Danube, le Rhône ont connu des transformations considérables
pour satisfaire aux besoins de la navigation commerciale : ces grands
fleuves, chenalisés pour permettre le transit d'énormes convois,
sont ainsi devenus des voies d'eau ayant perdu une grande partie de leur
caractère naturel. Parmi les grands fleuves européens, la
Loire est en outre le seul dont l'intégralité du bassin versant
se trouve dans un seul pays : cette situation garantit l'homogénéité
des moyens mis en ouvre pour valoriser sa vallée, d'autant plus que
le gouvernement français a doté la Loire d'une autorité
administrative de coordination sur l'ensemble de son bassin.
Le site proposé au classement, qui peut paraître vaste avec
ses 260 kilomètres de longueur, a été choisi pour sa
grande unité. Chacune des parties qui le composent (le val d'Orléans,
le val blésois, le val de Touraine, le val d'Authion et la Corniche
angevine) ne peut se comprendre sans le lien - la Loire - qui les unit les
uns aux autres d'un point de vue topographique et historique. Ce lien est
si fort que les populations riveraines se définissent comme ligériennes
autant qu'orléanaises, blésoises, tourangelles ou angevines.
Le site concerne la vallée de la Loire dans toute sa traversée
de la cuvette sédimentaire du Bassin parisien jusqu'au début
du massif schisteux de l'Anjou. Il présente plusieurs caractéristiques
qui expliquent l'intérêt de l'homme pour le cours d'eau lui-même
et la vallée qu'il a créée.
2. Un paysage
culturel : le Val de Loire foyer de civilisation |
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L'authenticité - notion par essence dynamique - de la Loire tient
à son évolution, dans ses aspects positifs comme dans ses
aspects négatifs, et à l'appréciation que l'on fait
de son caractère patrimonial.
La présence d'éléments contemporains dans le Val de
Loire, comme les centrales nucléaires ou les franchissements de la
vallée, conforte son caractère de creuset d'innovations technologiques
et lui permet de ne pas être fossilisé dans un passé
révolu.
Les modifications apportées par l'intervention humaine sur le paysage
naturel méritent d'être préservées et mises en
valeur car elles sont la réponse spécifique du Val de Loire
au développement humain.
Ce témoignage vivant de l'apport de l'homme à un site naturel
se traduit visuellement par une intégration architecturale et paysagère,
certes plus ou moins réussie selon les époques, mais qui exprime
quelques moments forts du génie créateur humain.
Des époques successives de modernité
La voie romaine : dès l'époque celte, des pistes
suivaient la Loire et la franchissaient par des gués dont la toponymie
a gardé la mémoire et qui sont encore visibles l'été.
Mais la première entreprise technologique d'envergure le long du
fleuve est l'ouvre des romains : une fois maîtres de la Gaule,
ils relient Lyon à Nantes par une voie pavée qui se maintient
prudemment loin des crues sur le coteau de la rive droite. Sur son parcours
les villes d'Orléans, Tours et Angers sont créées ou
aménagées par les Romains sur le modèle de leurs camps
militaires.
Les abbayes bénédictines : annonçant la
renaissance carolingienne, plusieurs abbayes puissantes étendent
leurs domaines tout au long de la vallée aménageant pour la
première fois le territoire sur une (relativement) vaste échelle.
La richesse d'abbayes telles que Marmoutier à Tours, et Fleury à
Saint-Benoît-sur-Loire, permit la création de foyers intellectuels
rayonnant dans tout l'empire carolingien et au delà (Angleterre,
Italie). Deux conseillers de Charlemagne s'y illustrèrent :
Theodulfe, dont l'oratoire de Germigny (9e siècle) existe
encore, et Alcuin, d'origine anglaise, abbé de Marmoutier et créateur
de la " minuscule caroline ", l'écriture que
nous utilisons tous les jours.
L'époque des Plantagenêt : aux 12e et
13e siècles, la dynastie angevine, puis anglaise, des
Plantagenêt, dont la mémoire est conservée à
l'abbaye de Fontevrault, organise la colonisation systématique de
la vallée selon le principe " hortus-ager-saltus " :
le jardin proche des maisons, les champs dans la vallée et la forêt
au delà des coteaux. Une utilisation sophistiquée de l'espace
permet, entre autres innovations, la culture de la vigne sur les versants
bien exposés des coteaux et le travail du vin dans les anciennes
carrières d'où l'on tirait la pierre de taille. Evénement
majeur pour le site : les Plantagenêt imposent aux campagnes
riveraines, qui profitaient jusque là de la fertilisation alluviale,
la création de " levées ", digues destinées
à contenir les plus hautes crues de la Loire mais surtout à
la rendre navigable. Des travaux grandioses sont entrepris, remaniés,
renforcés de mille manières sur une longueur de plus de 500
kilomètres pendant près de six siècles pour favoriser
l'agriculture intensive et le commerce fluvial. La Loire finit pourtant
par l'emporter quand les inondations catastrophiques de 1846, 1856 et 1866
font condamner le principe des digues insubmersibles.
Le terreau du sentiment national : au 10e siècle,
dans les décombres de l'empire carolingien, le duc de France n'est
qu'un petit seigneur des alentours de Paris sans autorité sur les
puissants seigneurs que sont les comtes de Blois et les ducs d'Anjou protégés
par des forteresses telles que Saumur, Langeais ou Chaumont-sur-Loire. En
étendant par les armes son domaine jusqu'à la Loire et en
se faisant sacrer roi à Orléans en 987, Hugues Capet installe
une nouvelle dynastie qui, en quatre siècles rassemble tous les éléments
du territoire national. Les capétiens gardèrent le souvenir
que leur fortune commença dans la grande courbe du fleuve royal.
Au 14e siècle, les revers de la Guerre de Cent Ans et
l'occupation étrangère contraignent les rois de France à
s'installer durablement en Val de Loire : c'est pourquoi Charles VII
reçoit Jeanne d'Arc à Chinon puis, après la libération
d'Orléans, à Sully-sur-Loire. Cette longue implantation ligérienne
a, selon l'historien Pierre Goubert, plusieurs conséquences importantes
pour le destin national : la langue du Val de Loire, celle que parlent
les rois de France, devient en 1539 (édit de Villers-Coterêts)
la langue officielle du royaume, la livre de Tours (la livre tournois) évince
la monnaie parisienne et une forte minorité de Tourangeaux, de Blésois
et d'Orléanais peuple les cercles gouvernementaux.
Les châteaux et jardins de la Renaissance : le site du
Val de Loire présente une densité exceptionnelle de monuments
historiques des 15e et 16e siècles. En effet
la Renaissance a pris son essor dans le Val de Loire dès l'époque
du roi René d'Anjou, au début du 15e siècle :
les forteresses commencent à s'ouvrir pour recevoir l'air et la lumière.
On rénove de vieilles demeures ou on leur ajoute des bâtiments
nouveaux avec de larges fenêtres, des balcons et escaliers ouvragés.
On les entoure de jardins d'agrément qui donnent non seulement des
fruits et des légumes pour accompagner le produit de la chasse mais
aussi des fleurs pour le décor et le parfum. L'influence italienne
se renforce au 16e siècle mais on continue à utiliser
les matériaux du pays, ardoise fine et tuffeau blanc ou doré.
La présence de la cour favorise l'activité économique
et enrichit les grands seigneurs et les financiers qui construisent de nombreux
châteaux résidentiels, tels qu'Azay-le-Rideau et Beauregard.
Le commerce fluvial : au long des siècles, la Loire a
contribué de plus en plus à la prospérité économique
au fur et à mesure des travaux pour en améliorer la navigabilité.
Un type très particulier de batellerie, la " marine de
Loire ", utilisant la voile pour la remontée du courant,
s'est développé d'abord pour transporter les richesses produites
tout au long du val puis, au 17e siècle, pour établir
une liaison économique, plus rapide et plus sûre que la route,
entre Paris, redevenue capitale, et Nantes, port de commerce international.
C'est pourquoi on a vu se développer dans les ports du fleuve des
industries de transformation de produits exotiques tels que le sucre ou
le cacao (chocolaterie Poulain à Blois). En 1661, un arrêt
du Conseil d'État le reconnaît : " La rivière
de Loire est le plus grand fleuve et le plus important du royaume assurant
la meilleure partie du commerce de la France ". Les ports et les
cales gardent un souvenir nostalgique de cette époque qu'un intérêt
récent pour la batellerie ancienne revivifie : chaque année
une flottille de bateaux traditionnels remonte, comme jadis, une cargaison
de sel de Guérande vers Paris.
Le divorce : le développement de la voie ferrée
au milieu du 19e siècle et de la route ont condamné
le commerce fluvial ligérien au déclin puis à la disparition
totale, en moins de cent ans. Alors, ressentie comme une barrière
à la formation du territoire national et comme un conservatoire de
vestiges du passé, la Loire a été méprisée
et même niée : l'entretien de son infrastructure de navigation
a été abandonnée, l'urbanisation s'en est détournée
et n'a pas tenu compte des leçons de son histoire en colonisant ses
zones inondables, l'industrie a puisé dans son lit des réserves
apparemment inépuisables de matériau et pollué son
eau sans vergogne. Du coup, l'environnement a été fortement
dégradé : l'assèchement de nombreux bras du fleuve
a fait disparaître les frayères de poissons et le développement
des arbres entre les digues accroît les risques des grandes crues.
La prise de conscience : paradoxalement, l'installation de centrales
nucléaires sur les bords de la Loire a suscité un regain d'intérêt
pour ce fleuve qui n'existait plus dans la mémoire collective nationale
que pour sa longueur et ses châteaux de la Renaissance. Les nombreuses
études scientifiques nécessaires pour la construction des
centrales et pour répondre aux critiques ont prouvé à
la fois que les centrales étaient sûres et respectueuses de
l'environnement et que les autres atteintes à l'écologie du
fleuve - baisse de la ligne d'eau, dégradation des levées,
pollution de l'eau, atteintes aux zones humides - méritaient un traitement
de grande ampleur. Craignant de la voir perdue, les habitants du Val de
Loire, et au delà, l'ensemble des Français, se sont mobilisés
et ont alors entrepris un long travail de réappropriation du fleuve
sous tous ses aspects dont le site proposé au classement dans le
patrimoine mondial veut être le symbole et l'exemple.
3. Une nouvelle
convivialité avec la Loire |
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Le volet culturel du Plan Loire Grandeur Nature conclu en 1994 entre l'État
et les collectivités territoriales a permis la prise en compte de
la valeur patrimoniale de la Loire : il est apparu primordial de maintenir
vivantes les traditions qu'elle porte directement (pêche, navigation,
culture du risque d'inondation) ou indirectement (habitat troglodytique,
viticulture, modes culturaux spécifiques) en leur donnant un nouveau
sens : une qualité durable de la vie. L'idée s'est en
effet imposée que ces activités traditionnelles doivent être
maintenues ou adaptées, non par nostalgie ou conservatisme mais parce
qu'elles permettent le mieux de vivre avec le fleuve, à son rythme,
et non à son détriment.
Si l'état de la Loire jusqu'aux dernières années du
20e siècle a pu susciter des inquiétudes du fait
de l'intensification de l'activité humaine au dépens du milieu
naturel, les doutes sont désormais levés grâce à
l'engagement des collectivités concernées de réhabiliter
et mettre en valeur ce patrimoine naturel et culturel.
La notion de patrimoine doit être comprise au sens large du terme :
si le patrimoine comprend évidemment les châteaux et les sites
historiques, il comprend également l'environnement, les paysages
dans ce qu'ils ont de naturel et de fabriqué par l'homme, les anciens
ouvrages de navigation (quais, cales, etc.), les bâtiments industriels
comme les agglomérations en évolution.
La gestion du patrimoine doit être également entendue comme
la recherche d'une optimisation de la biodiversité et des paysages
dans le fonctionnement des sociétés humaines. Ce type de gestion,
rendu indispensable par une demande sociale motivée par la prise
de conscience d'une moindre qualité de vie, est maintenant reconnu
par l'État et il conduit, dans le cadre du Plan Loire, à la
mise en oeuvre de politiques opérationnelles.
Un projet culturel porteur de sens
Le concept du site du Val de Loire est basé sur deux notions étroitement
liées : la qualité et la cohérence.
Le concept de qualité concerne aussi bien la préservation
de ce qui est déjà reconnu comme patrimoine que l'aménagement
des espaces du site qui constitueront le patrimoine de demain. Il n'est
pas question d'interdire, par respect du passé, les "éléments
de modernité" que sont les habitats urbains, les industries
ou les autoroutes. Il s'agit au contraire, d'une part, de protéger
les monuments et autres vestiges significatifs du passé et, d'autre
part, d' "intégrer" les nouveaux équipements de
façon à ce qu'ils ne dénaturent pas leur environnement.
Cette qualité est un élément fondamental pour concrétiser
la prise de conscience des partenaires et des habitants comme pour initier
les visiteurs à un nouveau type de tourisme.
Le concept de cohérence des actions s'entend aussi bien sur le plan
géographique que sur le plan conceptuel :
la structure du Plan Loire - structure à la fois contractuelle
(entre l'État et les collectivités territoriales), interrégionale
et interministérielle - garantit la cohérence géographique
et administrative des actions sur l'ensemble du site,
la mise au point d'une valeur patrimoniale de référence,
commune à l'ensemble du site et agréée par le Comité
du Patrimoine Mondial, servira d'exemple pour les aménagements, restaurations
et développements éventuels.
L'ambition de la France sera que ces notions de qualité et de cohérence
mises en ouvre dans la gestion du site du Val de Loire puissent servir de
référence pour l'ensemble des "paysages culturels".
Le tourisme durable, avenir de la Loire
Le tourisme durable, notion neuve en France, doit être un moyen de
concilier le développement économique et la protection de
l'environnement naturel et humain afin d'assurer une activité pérenne
sur un territoire en préservant son patrimoine naturel et culturel.
Le patrimoine historique des "Châteaux du Val de Loire"
a été longtemps une destination facile pour le tourisme de
masse en expansion. Mais en se concurrençant les uns les autres sur
le même réseau de " tourisme charter "
(vite payé, vite consommé, vite oublié, comme pour
la restauration rapide), même les plus beaux châteaux et les
plus beaux sites peuvent lasser : le public est devenu plus exigeant,
en quête d'autres valeurs, de retour aux sources ou d'animations culturelles.
Pour relancer la fréquentation de ces grands châteaux, leurs
propriétaires, publics ou privés, ont dû mettre en place
des compléments de visite : attractions, activités de
loisirs et spectacles permettent aux touristes de visiter en prenant leur
temps et de comprendre ainsi l'esprit des lieux dans ses dimensions historiques
et conviviales.
A côté de ces sites de notoriété internationale
qui doivent s'adapter aux nouvelles exigences des visiteurs, le Val de Loire
dispose d'un patrimoine touristique varié trop longtemps occulté
par les châteaux : paysages du fleuve, milieu naturel (faune
et flore) des parcs et réserves, patrimoine vernaculaire de la viticulture
et de la marine de Loire, auberges et accueil chez l'habitant. Tous les
atouts existent pour développer des activités touristiques
de qualité au bénéfice du développement local
dans le respect des modes de vie des habitants, des paysages et du milieu
naturel.
Cette politique s'articulera autour des "Maisons de Loire" dont
la vocation est l'information du public, et en particulier la formation
des jeunes, sur les divers aspects du milieu ligérien.
Des activités de randonnée par tous les modes de transport
et sur des itinéraires adaptés permettront une découverte
fine et originale des paysages du site, et au delà. Par exemple,
le projet "La Loire à vélo" permettra de sillonner
la vallée de la Loire et la "Route du saumon" proposera
un itinéraire suivant les différentes étapes de sa
migration jusqu'en haute Loire.
Des circuits thématiques (sur les écrivains, les vins, la
marine de Loire) permettront une approche transversale des éléments
touristiques du site.
Ces quelques exemples de "tourisme durable" déjà
engagés dans le site du Val de Loire présentent tous le point
commun d'aller à l'encontre du "tourisme charter" et de
favoriser plutôt un tourisme respectueux des espaces, un tourisme
de séjour, plus propice à une découverte fine des éléments
diffus qui forment l'essence d'un paysage culturel. |
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