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Anatole France - (1844-1924)
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"Ils viennent me voir comme un monument, après
la cathédrale et avant la tour Charlemagne. Je fais partie des
curiosités de la ville", s'étonnait Anatole France
en voyant, au printemps 1917, les Américains affluer chez lui,
à Saint-Cyr-sur-Loire. Jusqu'au fils du président Roosevelt
! L'auteur des "Dieux ont soif", alors connu dans le
monde entier, s'était réfugié là en septembre
1914. "Je ne connais pas d'endroit qui convînt mieux
au climat de mon coeur", disait-il de sa Béchellerie,
devenu le rendez-vous des Américains... et des Tourangeaux,car
l'écrivain se plaisait à y accueillir tout un chacun.
"Si on allait chez Anatole !" entendait-on dans certaines
familles le dimanche après-midi. "Jamais illustre demeure
ne fut plus mal gardée. S'il ne s'agissait d'un tel athée,
l'on pourrait dire que c'était la maison du Bon Dieu. Il n'est
pas de visiteuse intimidée, de débutant pâli par l'émotion,
qui n'ait reçu du maître de céans le plus parfait
accueil. A tous il savait dire le mot espéré ou inespéré,
le mot qui dilate le coeur ou le contracte de bonheur... Il avait, au
suprême degré, le génie de la politesse",
racontera Roland Engerand à propos de l'académicien et de
sa "maison des champs" où, dix ans durant, les
visiteurs célèbres défilèrent nombreux, des
Guitry à Van Dongen et de Barthou à Caillaux. |
"Bien cher ami, écrivait-il à un ami, cette
Touraine, où je voudrais tant vous voir, est
vraiment une terre de délices. L'air y a une
douceur qui passe cette douceur angevine, vantée
par un poète."
Courteline, lui aussi réfugié
à Tours, lui rendait souvent visite, mais ils
se rencontraient surtout rue Nationale, à la
librairie Tridon, qui devenait alors un salon littéraire
où l'académicien commentait à sa
manière les événements du moment
et parlait de mille choses avec quelques fidèles
qui lui donnaient la réplique, dans une forêt
de livres qui lui étaient aussi nécessaires
que l'oxygène "pour que son âme
soit baignée dans l'âme universelle".
Né à Paris en 1844, ce fils de libraire à la plume
inspirée était devenu célèbre par sa défense
de Zola, en 1898, et du capitaine Dreyfus. Antimilitariste et pacifiste,
les Allemands l'avaient inscrit sur la liste des otages prévus
dès les premiers jours de la guerre. Aussi, avait-il quitté
Versailles pour Saint-Cyr, où il consentit à se marier,
en 1920, avec Emma Laprévotte, la femme de chambre de son ancienne
compagne, il refusa toute marque de félicitation, sauf de la part
des femmes communistes.
Admirateur de Jaurès et de la révolution bolchévique
de 1917, ce socialiste académicien était devenu le maître
vénéré des "rouges" tourangeaux, qui l'accueillaient
volontiers dans leurs meetings, en 1921.
Il reçut cette année-là le prix Nobel de littérature,
qu'il partit recevoir à Stockholm.
Ce fût l'un de ses derniers voyages. "Ce qu'il y a de
charmant dans le mal dont je souffre, c'est le nom qu'il porte. Ecoutez,
mes amis, cette musique : rétraction de l'aponévrose palmaire...
N'est-ce pas délicieux ! Quels poètes, ces médecins
!" s'exclamait-il trois ans plus tard, alors qu'il attendait
la mort, murmurant : "C'est bien long." Lucide, il s'étonnait
aussi : "C'est donc cela, mourir ?" Des journalistes
et photographes de tous pays cernaient alors la Béchellerie, attendant
l'événement, qui eut lieu le 12 octobre 1924.
Dès que la nouvelle fût difusée, le monde entier rendit
hommage à ce roi de l'esprit, paraphrasant en toutes langues là
mention que lui avait décernée l'Académie suédoise
: "Pureté artistique de son style, généreuse
humanité, charme de son esprit français."
Bien qu'ayant exprimé par testament sa volonté d'avoir des
obsèques civiles sans pompes officielles ni discours, et maintes
fois émis le désir de reposer dans le petit cimetière
de Saint-Cyr, l'écrivain eut droit à des funérailles
nationales et fût enterré à Neuilly.
Et tandis qu'au lendemain de sa mort le conseil municipal de Tours décidait
de donner son nom à la place située au sud du Pont de pierre,
le professeur Guillaume-Louis et le docteur Dubreuil-Chambardel autopsiaient
à Tours le fécond cerveau du sage immortel : "Il
représentait un vrai travail d'orfèvrerie...". |
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